Dimanche, dès potron-minet et non pas « poltrons
minets » même si ceux-ci le sont beaucoup, trois voitures s’élançaient
dans la rue des moissonneurs, chargées comme des véhicules embarquant à
Marseille en direction du Maghreb. Pourtant nous allions moins loin, en
direction de la mairie de Moissy-Cramayel. Mon épouse et deux copines ayant la
prétention de vendre quelques hardes usées et autres babioles inutiles au
vide-grenier organisé par la municipalité, nous roulions
dans les rues sombres de la ville. Quand on dit « vide-grenier »
cela ressemble plus à un « vide-poubelle » parfois ! Pour
certains cela évite un déplacement à la déchetterie. Bref ! Après avoir
fait la queue dans la rue, et comme nous étions les derniers, nous avons suivi
« bêtement » nos deux copines !
Nous
réussissons donc à nous caser et
à débarquer nos affaires dans le noir et dans la confusion la plus complète.
C’est alors que nous nous apercevons, mais trop tard, que nous ne sommes pas à
la bonne place, mais à cent mètres de là ! Ngeu, grrr ! Argh Bon dieu
de m… ! Et encore, là je suis poli ! Heureusement deux petits
déménageurs bénévoles nous ont aidés à déménager vite fait, car notre place
était déjà bouffée par nos deux voisins. Faut pas être en retard dans la vie !
Bref, on s’installe bien, madame sort ses fringues et je m’apprête à
l’abandonner « lâchement » pour terminer un roupillon bien trop tôt
interrompu. Surtout, qu’entre temps, j’avais remonté la voiture à la maison et
que j’étais redescendu à pieds. Comme nous sommes des gens prévoyants, j’avais
embarqué, dans les affaires, mon bon « pébroque » des familles,
acheté dans les brumes de la tanière de la fameuse « bête du
Gévaudan » à Saugues, précisément. Voilà pourquoi j’y tiens beaucoup. Ce
n’est pas tant la pluie que je craignais que le soleil. Cela n’a pas
raté ; au moment de partir ma « chère et tendre » me demande le
« pépin » ! Horreur ! Malheur ! Pas de
parapluie ! Bon ! Je me dis qu’il est resté chez nos deux voisines,
tout là-bas ! Je m’y précipite ! Rien ! Peau de zébi ! Il a
disparu. Je remonte dépité à la maison, je fouille consciencieusement la
voiture. Rien ! Ah ! le chagrin ! Un si beau parapluie ! Et
la honte de voir ma femme cramer sous le cagna sans que je ne puisse rien
faire. La journée s’achève. Je dois aller chercher le fiston à la gare avant de
« ramasser » un « homard thermidor » juste cuit à point et
qui m’attend devant l’église avec ses paquets. Je suis dans la voiture et tout
à coup j’entends un bruit bizarre : « toc-toc-toc… » Tient?
Qu’est-ce ? Je me retourne rapidement et qu’aperçois-je ?
Arghhhh ! P.. de m… ! La crosse du parapluie dépassant du siège
arrière couché et qui frappait sur la vitre, en se foutant de ma fiole, l’air
de dire : « je suis là, pauvre pomme » ! Ça c’est encore un coup de ma belle-mère.
J’ai l’habitude saugrenue d’invoquer son aide à chaque fois que je perds
quelque chose d’important. Et le plus extraordinaire, c’est qu’elle m’exauce
« immédiatement » ! Oui messieurs dames ! Comme je vous le
dis ! Bien que sa mort remonte à plus de deux décennies, maintenant. La dernière fois que cela s’était produit,
je lui avais promis d’allumer un cierge à l’église pour la récompenser.
Malheureusement, vous savez ce que c’est, on oublie toujours ! Belle
maman, votre vengeance est plutôt mesquine ! Moi, vous m’avez exaucé, mais
vous avez laissé cramer votre fille.
Mais vous l’aurez votre cierge ! Et à la Madeleine, encore !
PS. Non, je ne suis pas cinglé ! Méfiez-vous ! Je
vous entends d’ici !


